Le métier d’orchestre s’apprend-il vraiment ? Entretien avec Nadine Pierre
Le métier d’orchestre s’apprend-il vraiment ? Entretien avec Nadine Pierre
Dans cette vidéo, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Nadine Pierre, violoncelle solo de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, pour parler de sa carrière, de son rapport à l’orchestre, de son parcours d’élève, et de ce qui l’anime aujourd’hui : former, transmettre, et créer des ponts entre les mondes.
Des débuts pas prévus au violoncelle
Petite fille, Nadine voulait faire de la guitare. Son père, mélomane, l’emmène au conservatoire de Châtillon, mais la classe de guitare est complète. La directrice lui propose alors un autre instrument : une classe de violoncelle vient d’ouvrir, avec une jeune professeure, Martine Bailly, tout juste arrivée.
Nadine accroche, adore, et surtout… elle veut lui ressembler. Elle raconte avec humour que Martine n’avait peut-être pas encore une pédagogie très “structurée” (elle était probablement sa première élève), mais qu’elle lui donnait dès la première année des pièces difficiles, parfois “improbables”.
Résultat : une vélocité qui se développe vite, un goût du répertoire, et un démarrage peu classique.
Des professeurs incroyables
Au bout d’un an, Martine part aux États-Unis. Nadine a alors un nouveau professeur : Michel Strauss, très axé sur les notions techniques. Puis Michel part lui aussi aux États-Unis.
Arrive alors Philippe Müller, avec le travail de l’archet, le retour à des bases plus posées, et à une construction plus progressive.
Et la suite continue à ce rythme : Nadine intègre les classes musicales à Boulogne, et rencontre un professeur marquant : Jean Brizard, disciple de Paul Tortelier, passionné d’ensembles… au point de faire jouer 50 ou 60 violoncellistes ensemble !
Elle garde un souvenir très vivant de cette période : les répétitions, l’énergie du collectif, les visites chez le professeur, l’impression de “vivre” la musique autrement.
Nadine entre au CNSM de Paris à 15 ans, et retrouve Philippe Müller, devenu l’enseignant de référence pour elle. Nadine travaille les Strophes de Henri Dutilleux… sur une photocopie du manuscrit, à une époque où l’œuvre n’est pas encore imprimée.
Et grâce à Philippe Müller, elle vit une expérience improbable : aller jouer cette pièce chez Rostropovitch, en présence de Dutilleux.
“Le son, c’est la personne” : la leçon de Rostropovitch
Dans cette rencontre, Nadine raconte un détail qu’elle n’a jamais oublié.
Rostropovitch prend son violoncelle d’étude, un instrument très modeste, se lève, joue quelques notes, comme ça, sans s’installer, sans cérémonie… et là, Nadine entend immédiatement : le son de Rostropovitch.
Le même son qu’elle avait écouté en boucle sur disque.
Et cette démonstration devient une leçon de vie musicale :
Le son, ce n’est pas l’instrument.
Le son, c’est la personne.
À partir de là, Nadine a cherché à fabriquer son son, quel que soit l’instrument, en partant de l’image sonore intérieure, de ce qu’on a dans la tête.
Orchestre ou soliste ?
À ce stade, beaucoup imaginaient Nadine sur une trajectoire de concours internationaux, avec une carrière soliste. Mais ce que “les autres” imaginaient pour elle n’était pas forcément ce qu’elle ressentait profondément.
Depuis l’enfance, ce qui l’attirait vraiment, c’était l’orchestre et la musique de chambre.
Elle construit une équipe de musique de chambre et passe 15 ans au sein d’un quatuor avec piano (avec Claire Désert, Nicolas Bone, Philippe Aïche).
Une aventure fondatrice et formatrice.
Les concours d’orchestre
Pour Nadine, l’orchestre est un rêve, et elle a la chance d’être très vite plongée dans le métier. On lui propose des remplacements à l’Opéra de Paris puis à l’Orchestre de Paris, avec des tournées, des chefs et solistes internationaux. Elle apprend “dans le bain”, sur scène, au cœur du métier.
Elle tente ensuite un concours à l’Orchestre National de France mais n’est pas recrutée. Quelques mois plus tard, elle y entre deuxième soliste, à 22 ans.
Et elle insiste sur un point important pour tous ceux qui préparent des concours :
Ne pas se décourager. Un concours raté ne dit pas tout.
L’Orchestre Philharmonique de Radio France
Nadine rejoint ensuite l’Orchestre Philharmonique de Radio France, où elle décrit un fonctionnement très riche avec des programmes multiples, un répertoire immense.
C’est aussi là qu’elle est profondément marquée par une personnalité : Marek Janowski.
Il lui apprend la “machine orchestre” :
- le rôle de chaque chaise
- le leadership d’un premier pupitre
- les équilibres et les timbres
- la justesse collective
- le vrai ensemble (pas seulement métronomique)
- la construction d’une œuvre rapidement, avec peu de répétitions
Une discipline au service de la partition.
L’enseignement
Nadine commence à enseigner relativement tard, au début des années 2000, par opportunité : un poste au CRR de Saint-Maur, avec à la fois des grands et des petits élèves.
Elle explique qu’elle aurait aimé avoir une formation pédagogique avant, parce qu’elle a appris “sur le tas”. Plus tard, elle passe le Certificat d’Aptitude (CA), et aujourd’hui, elle forme à son tour des enseignants.
Elle enseigne aussi à Rueil-Malmaison, où elle développe une approche passionnante : la formation à l’orchestre pour violoncellistes.
Et au lieu de travailler trois lignes de concours, elle fait jouer des symphonies entières à un groupe de violoncellistes. L’objectif est de comprendre le contexte, l’esthétique, le style et relier orchestre / instrument / musique de chambre.
Dans ses “jeux concours” (concours blancs où les élèves jouent ET font le jury), elle veut les placer de l’autre côté de la table. Et là, elle insiste sur l’essentiel : le son, la pulsation / le rythme et la proposition musicale. Elle ajoute aussi le travail de respiration, de préparation mentale, et la dédramatisation du concours.
Nadine a participé à la mise en place d’académies orchestrales où de jeunes musiciens viennent jouer de vraies séries en pupitre, encadrés par des tuteurs.
Elle aime cette idée de génération mélangée : dans un pupitre, on peut avoir tous les âges, toutes les formations.
Festival en Savoie
Enfin, Nadine parle d’un projet qui prend de plus en plus de place : un stage/festival en Savoie, en montagne, connu sous différents noms (anciennement “1000 violons en Maurienne”, puis “Cordes et Pics”, et bientôt “Musique en Maurienne”).
Elle fait partie de l’équipe qui reprend le projet : c’est une aventure énorme, avec toute la réalité d’organisation culturelle, mais aussi une vision pédagogique très forte.
Ce stage mélange répertoire classique, musiques du monde, jazz, improvisation et un ensemble “passerelle” où tout le monde joue ensemble.
Et surtout : c’est ouvert à tous, amateurs, enfants, étudiants, professionnels.
Elle observe que ces mélanges font un bien fou; les élèves “classiques” se détendent, prennent confiance, osent, les amateurs se sentent portés, encouragés et tout le monde se rappelle que la musique est d’abord… de la musique.
On termine l’entretien sur cette idée très belle : Nadine a eu une “bonne étoile”, une chance immense dans ses rencontres, professeurs, partenaires de musique de chambre, chefs, collègues.
Et au fond, tout converge vers la même chose :
Faire de la musique, la partager, la transmettre, et créer des espaces où elle circule librement.
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A très vite,
Jeanne
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