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«How to let the music happen» avec Francesco Dillon

« How to let the music happen » avec Francesco Dillon


Dans cet entretien, Francesco Dillon raconte qu’une trajectoire musicale ne se construit pas à coups de plans bien tracés, mais par une suite de rencontres et surtout par une fidélité presque instinctive à ce qui nourrit vraiment le désir de musique.

Et une question traverse tout l’entretien : est-ce que nous faisons la musique, ou est-ce que nous la laissons faire ?

Grandir avec la musique

Francesco ne vient pas d’une famille de musiciens. Ses parents sont historiens de l’art, passionnés de culture, mais aucun ne pratique un instrument. Leur intention n’est pas de faire de lui un professionnel, mais simplement de lui transmettre un amour durable de la musique. Ils veulent être certains que, devenu adulte, il aimera la musique autant qu’eux. Ce point de départ est fondamental, parce qu’il donne au violoncelle une place très particulière, qui n’est pas celle d’un objectif ou d’un statut à atteindre.

Enfant, Francesco rêve plutôt de jouer du cor ou de la contrebasse. On lui explique qu’à dix ans, la contrebasse est impossible, et qu’il faut commencer par le violoncelle avant d’éventuellement changer plus tard.

Il accepte mais les débuts sont difficiles. Son premier professeur n’est pas inspirant et au bout de quelques mois, on lui dit qu’il n’est peut-être pas fait pour le violoncelle. Avec le recul, Francesco comprend combien ces mots peuvent être violents, et surtout combien ils sont injustes : apprendre un instrument demande du temps.

Quand un professeur change tout

Le véritable déclic arrive avec un changement de professeur. Ce n’est pas seulement une question de technique ou de méthode, mais d’atmosphère : encouragement, calme, chaleur, respect du rythme intérieur de l’élève. Francesco parle d’une croissance régulière, saine, ouverte à la curiosité. Andrea Nannoni ne cherche pas à le modeler. Cette liberté va permettre à Francesco d’explorer très tôt des territoires qui ne sont pas “à la mode” à l’époque : le baroque, la musique contemporaine, l’improvisation. Le violoncelle devient un lieu d’exploration plutôt qu’un cadre étroit.

Un séjour en Russie qui change tout

Un moment décisif survient à la fin des années 80, lors d’un séjour à Saint-Pétersbourg. Francesco y suit un stage intensif, avec un cours de violoncelle chaque jour, dans une langue qu’il ne parle pas. Pourtant, la communication musicale est immédiate : beaucoup de chant, de démonstrations, d’énergie. Pour la première fois, il ressent physiquement qu’il peut jouer, qu’il a quelque chose à dire avec son instrument.

À son retour, sa pratique change radicalement. Le travail devient plus engagé, plus incarné. La musique n’est plus une idée abstraite, elle devient réelle, vécue.

Jouer n’est pas une aventure solitaire

Peu après, l’entrée dans l’Orchestre des Jeunes d’Italie confirme une autre évidence. Dès ses premières expériences orchestrales, notamment dans la Symphonie alpestre de Strauss, Francesco comprend que la musique est avant tout une affaire de relation. Même lorsqu’il joue seul, il pense en termes de dialogue, de résonance, de présence de l’autre, fût-il imaginaire ou incarné par le public. La musique de chambre devient pour lui un modèle de fonctionnement musical et humain.

Jouer ensemble n’est pas un supplément, mais une manière d’être musicien.

Francesco étudie ensuite la composition et la direction, et travaille pendant plusieurs années avec Salvatore Sciarrino. Leur relation est tout sauf académique et la réflexion porte autant sur le silence que sur le son, sur l’espace que sur la note. Puis un jour, Sciarrino lui fait une remarque simple et décisive : Francesco compose, oui, mais il joue du violoncelle tous les jours, pendant des heures. Il est déjà, de fait, violoncelliste. Ce constat agit comme un choc, mais aussi comme une révélation : c’est une reconnaissance de ce qui est déjà là.

Le Quatuor Prometeo

Le quatuor naît après la fin de ses études, au début des années 1990, alors que lui et ses collègues sont encore dans une dynamique d’étudiants. La formation du Quatuor n’est pas un projet de carrière prémédité, il s’agit plutôt de la prolongation naturelle de tout ce qu’il a vécu jusque-là : musique de chambre intense, lectures nocturnes de quatuors, goût pour le travail en profondeur.

Francesco précise que, dès le départ, le quatuor prend une place très importante dans sa vie et devient rapidement un pilier de sa vie musicale et personnelle.

Lors d’une masterclass à Paris avec Rainer Schmidt, le quatuor joue un passage intense du quatuor op.132 de Beethoven, avec de longs crescendos soigneusement travaillés.

Après avoir écouté, Schmidt pose une question déconcertante : “Est-ce que vous devez vraiment faire ces crescendos ? Pourquoi ne pas les laisser faire ?”

Sur le moment, le quatuor est déstabilisé et pourtant, cette phrase ouvre un espace nouveau. Il sort du cours en sachant qu’un changement profond vient de se produire en lui, sans pouvoir encore le nommer.

La musique devient un mouvement que l’on accompagne.

La musique est une langue

Pour Francesco, chaque compositeur est une langue. Il ne s’agit pas d’effacer sa personnalité, mais de laisser cette personnalité devenir le lieu où la langue de l’autre peut résonner. La musique contemporaine lui offre un terrain privilégié pour ce dialogue vivant, mais les mêmes questions se posent chez Beethoven, Schumann ou Bach. Ce qui compte, c’est toujours la qualité d’écoute.

Comprendre pour enseigner

Lorsqu’il parle d’enseignement, cette philosophie est encore très présente. Il commence à enseigner très jeune et découvre que transmettre suppose d’abord de comprendre profondément ce que l’on fait soi-même.

Avec le temps, il comprend surtout que chaque élève demande une manière différente d’être accompagné. Enseigner n’est pas appliquer une méthode, mais entrer en relation.

Il évoque une répétition avec Claudio Abbado, où presque rien n’est expliqué verbalement, mais où l’écoute collective transforme peu à peu l’orchestre.

Pour Francesco, l’idéal pédagogique n’est pas de convaincre, mais d’inspirer.

À travers tout son récit, une idée revient sans cesse : la musique ne se force pas. Elle se cultive, elle se laisse apparaître, elle se révèle à ceux qui prennent le temps de l’écouter vraiment.

Et peut-être est-ce là la leçon la plus précieuse de cet entretien : ce que nous cherchons à “faire” avec acharnement existe souvent déjà, à condition de nous rendre disponibles à son apparition.

Liens

► Chaîne YT de Francesco Dillon : https://www.youtube.com/@francescodillon9215

► Chaîne YT Quartetto Prometeo Official : https://www.youtube.com/@quartettoprometeoofficial6054

► Site Web Quartetto Prometeo Official : https://quartettoprometeo.com/

► Site web Francesco Dillon : https://francescodillon.com/

► Instagram : https://www.instagram.com/quartettoprometeo/

► Facebook : https://www.facebook.com/prometeoquartet/

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A très vite,

Jeanne

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