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Entretien avec Christian-Pierre La Marca : comment vraiment progresser au violoncelle ?

Entretien avec Christian-Pierre La Marca : comment vraiment progresser au violoncelle ?


Dans cet échange passionnant, Christian-Pierre La Marca revient sur ses débuts, sa formation, les grandes rencontres qui ont jalonné son parcours, mais aussi sur sa vision du violoncelle, de la musique, de la transmission et du métier d’artiste.

Au fil de la conversation, une idée revient sans cesse : jouer du violoncelle ne consiste pas seulement à maîtriser un instrument, mais à devenir un musicien capable de donner du sens, du souffle et une voix à la musique.

Une enfance bercée par la musique

Christian-Pierre La Marca grandit dans une famille où la musique occupe une place essentielle. Aller au concert fait partie de son éducation, au même titre que l’école ou le sport. Très jeune, il commence naturellement par le piano, un instrument qui lui offre un accès immédiat au son et au plaisir de jouer.

Pendant plusieurs années, il se consacre donc au clavier. Puis ses parents lui suggèrent d’explorer un instrument à cordes. L’idée fait son chemin.

Nous sommes alors en 1989. Un événement marquant traverse l’Europe : la chute du mur de Berlin. À la télévision, une image le bouleverse durablement : Mstislav Rostropovitch jouant du violoncelle devant le mur.

Ce moment agit comme une révélation. Le violoncelle lui apparaît soudain comme un instrument capable de porter l’émotion, l’histoire et la liberté.

Peu après, un concert entendu à Aix-en-Provence confirme cette intuition : le timbre du violoncelle le touche profondément. Ces expériences réunies déclenchent alors une envie très claire : essayer cet instrument à son tour.

Une passion immédiate

Très vite, le rapport au violoncelle devient intense, presque fusionnel. Christian-Pierre La Marca raconte qu’il a tout de suite eu envie d’aller vite, très vite même. Il voulait déjà vibrer, s’exprimer, explorer toutes les possibilités de l’instrument, parfois avant même que les bases soient complètement installées.

Son professeur doit alors canaliser cet enthousiasme pour éviter qu’il ne brûle les étapes. Mais ce désir d’avancer, cette faim de musique, sont déjà là.

Il poursuit le piano jusqu’à l’adolescence, et cette double pratique lui apporte énormément.

Il insiste d’ailleurs sur un point fondamental : la compréhension de la musique passe d’abord par la compréhension du texte. Lecture de notes, rythme, solfège, histoire de la musique : tout cet apprentissage, reçu très jeune, lui a donné une base solide sur laquelle il a pu construire sa liberté future.

C’est un rappel précieux pour tous les musiciens : le solfège n’est pas un obstacle à la musicalité. Il en est souvent l’un des appuis les plus sûrs.

Paris

Il rejoint ensuite Paris, d’abord au CRR, puis au CNSM. Ce passage se fait jeune, avec tout ce que cela implique de promesses, d’incertitudes et de remises en question.

Il le dit avec beaucoup de justesse : lorsqu’on est jeune musicien, on ne sait jamais vraiment ce qu’on va devenir. Et même plus tard, on ne sait jamais totalement.

La projection est difficile dans ce métier. On imagine, on prépare, on espère… mais entre ce qu’on planifie et ce qu’on réalise réellement, il y a toujours un écart. Apprendre à vivre avec cette incertitude fait partie intégrante du parcours.

Le violoncelle : d’abord un jeu, puis une quête de sens

Au début, le rapport à l’instrument est celui du jeu, du plaisir, de la découverte. On veut jouer telle pièce, puis telle autre. On veut progresser, relever des défis, découvrir ses capacités.

Puis, avec les années, tout cela se complexifie.

Le vrai sujet n’est plus simplement de jouer, mais de comprendre :

Quel sens donner à cette musique ? Pourquoi cette œuvre a-t-elle été écrite ? Que raconte-t-elle ? Que veux-je transmettre à travers elle ?

C’est là, sans doute, que commence le véritable chemin de musicien.

Jean-Marie Gamard, Philippe Müller : deux rencontres déterminantes

Au CNSM, Christian-Pierre La Marca entre dans la classe de Jean-Marie Gamard, alors qu’il avait été auparavant élève de Philippe Müller. Il raconte avec beaucoup d’émotion la richesse de ces deux rencontres, différentes et complémentaires.

Jean-Marie Gamard lui apporte énormément : bienveillance, solidité, construction, renforcement. Il l’aide à bâtir un véritable environnement instrumental, à développer des outils techniques capables de soutenir une pensée musicale exigeante.

Philippe Müller, lui, représente une autre forme d’enseignement, très synthétique, très claire, très structurante aussi.

Avoir connu ces deux approches lui donne un socle exceptionnel :

  • d’un côté, une construction profonde de l’instrument,
  • de l’autre, une capacité à synthétiser, clarifier, épurer.

Et derrière tout cela se dessine aussi l’héritage d’André Navarra, figure majeure de l’école française du violoncelle.

Franz Helmerson : une ouverture vers un autre monde

Après Paris, Christian-Pierre La Marca poursuit son parcours à Cologne auprès de Franz Helmerson. Cette rencontre marque une rupture féconde.

Avec lui, il découvre une autre école, un autre rapport au son, au bras, à la projection, à la grande respiration instrumentale. Là où certaines approches françaises affinent le détail, Helmerson ouvre vers un jeu plus large, plus ample, plus organique, nourri de l’héritage de Rostropovitch et d’une pensée plus germanique du grand répertoire.

Ce travail transforme notamment son rapport à l’archet. Il comprend plus profondément que la projection du son vient avant tout de là, et que cette ouverture du geste devient plus difficile encore dès qu’entrent en jeu la scène, le public, la tension.

“Joue comme un musicien”

Parmi toutes les rencontres marquantes de son parcours, Christian-Pierre La Marca cite aussi Steven Isserlis. Et avec lui, une phrase qui résume toute une philosophie :

“Arrête de jouer comme un violoncelliste, joue comme un musicien.”

Cette phrase semble avoir agi comme un tournant.

À un certain niveau, il ne s’agit plus seulement de doigtés, de coups d’archet ou de technique. Il s’agit de dépasser l’instrument. De ne plus penser en termes purement violoncellistiques, mais de faire émerger un véritable discours musical.

C’est peut-être là, dit-il, que commence vraiment le métier.

Technique, émotion, mental : une préparation globale

L’un des points les plus passionnants de cet entretien est la manière dont Christian-Pierre La Marca parle de la préparation du musicien.

Pour lui, on ne peut jamais séparer la technique de l’intention musicale.

Un geste technique ne doit jamais être travaillé “pour lui-même”. Il doit toujours être relié à une intention, à un son imaginé, à une direction musicale. Même dans un démanché, une gamme, un passage d’octaves ou une difficulté purement instrumentale, il faut déjà entendre la musique.

C’est une idée essentielle : la technique n’est pas un but, mais un moyen de réaliser une vision intérieure.

Mais cela ne s’arrête pas là. À cette préparation instrumentale s’ajoutent :

  • la compréhension du style,
  • le respect du texte,
  • la vision de la forme,
  • la gestion des émotions,
  • la présence mentale,
  • la conscience corporelle.

Être musicien, ce n’est pas seulement “jouer juste”. C’est être capable d’aligner le corps, l’écoute, l’intention et la pensée.

On ne joue pas Bach comme Dvořák, pas plus qu’on ne joue Beethoven comme une pièce de virtuosité déconnectée de son sens.

La liberté artistique n’est pas l’absence de cadre. Au contraire, elle naît à l’intérieur d’un cadre précis, nourri par le texte, l’époque, l’écriture, les indications du compositeur.

Cette humilité face à l’œuvre lui semble essentielle. L’interprète n’est pas là pour se mettre au-dessus du compositeur, mais pour servir au plus juste ce qui est écrit, compris, pressenti.

Le musicien comme sportif de haut niveau

Autre idée forte : la préparation d’un musicien devrait être reconnue comme celle d’un sportif de haut niveau.

Christian-Pierre La Marca regrette que l’investissement nécessaire pour devenir artiste soit encore trop peu considéré à sa juste valeur. Car la réalité est là : travailler un instrument à haut niveau exige autant de rigueur, d’endurance, de discipline et de préparation qu’une carrière sportive.

Il évoque aussi l’importance du corps : posture, tensions, équilibre, rapport de force avec l’instrument, conscience physique du jeu, gestion de l’énergie… Rien n’est anodin.

Le violoncelle peut sembler “naturel”, mais il ne l’est pas tant que ça. Jouer librement, durablement, avec une vraie qualité sonore, demande une attention profonde au corps.

Le danger d’une performance sans incarnation

Dans un monde où l’image prend de plus en plus de place, il met aussi en garde contre une vision purement performative de la musique.

Jouer vite, fort, proprement, avec brillance, ne suffit pas.

Une œuvre virtuose, comme La Danse des elfes ou Le Vol du bourdon, ne devient intéressante que si elle est incarnée, habitée, portée par une véritable imagination musicale. Sans cela, elle peut rester vide.

La virtuosité n’a de valeur que lorsqu’elle sert un discours.

Il nous parle aussi de sa relation au chant. Pour lui, le violoncelle est profondément lié à la voix, mais il faut se demander ce que cela implique concrètement : comment chanter une phrase intérieurement ? Comment faire en sorte que l’instrument reproduise cette manière de respirer, de lier, de modeler le son ?

Il encourage d’ailleurs souvent ses élèves à chanter. Non pas pour “faire juste”, mais pour retrouver le vrai chemin entre les notes. Car ce qui compte, dit-il, ce n’est pas seulement la note elle-même, mais ce qu’il y a entre les notes.

Une réflexion sur l’écoute

Vers la fin de l’entretien, Christian-Pierre La Marca partage cette réflexion : l’écoute elle-même peut changer selon la manière dont on se positionne.

Tourner la tête différemment, écouter plus près, plus loin, imaginer ses oreilles placées dans la salle plutôt que sur soi… tout cela modifie la perception du son, et donc la manière de jouer.

Il invite ainsi les musiciens à développer une écoute plus large, plus consciente, presque multisensorielle :

  • comment l’instrument vibre sur le corps,
  • où le son part,
  • comment il projette,
  • ce qu’on entend réellement, par opposition à ce qu’on croit entendre.

C’est un champ immense, et il le rappelle avec simplicité : ce travail n’est jamais terminé.

Un podcast pour honorer les grands violoncellistes

Enfin, Christian-Pierre La Marca parle de son podcast, consacré aux grandes figures du violoncelle.

L’idée : raconter, en format court, la vie de légendes comme Rostropovitch, Jacqueline du Pré, Casals, Feuermann, Piatigorsky, Chafran, Natalia Gutman, Fournier, Gendron, Tortelier… et bientôt d’autres encore.

À travers ces épisodes, il ne cherche pas seulement à transmettre des biographies. Il souhaite aussi montrer l’évolution de l’instrument, des écoles, des styles, des esthétiques, des sonorités.

C’est une manière de relier passé et présent, de nourrir l’écoute, d’ouvrir les horizons, et d’aider chacun à mieux comprendre sa propre place dans cette grande histoire du violoncelle.

Liens

► Chaîne Youtube de Christian-Pierre La Marca : https://www.youtube.com/@ChristianPierreLaMarca

► Site internet de Christian-Pierre La Marca : https://www.christianpierrelamarca.com/

► Podcast de Christian-Pierre La Marca : https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/serie-les-legendes-du-violoncelle

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A très vite,

Jeanne

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