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Geneviève Teulière : une vie dédiée au violoncelle

Geneviève Teulière : une vie dédiée au violoncelle


Professeure, violoncelliste soliste, chambriste, pédagogue et fondatrice de festival Cello Arte, Geneviève Teulière-Sommer a connu plusieurs générations de grands maîtres du violoncelle français. Élève d’André Navarra, proche de Paul Tortelier, partenaire de musiciens prestigieux, elle partage dans cet entretien un regard précieux sur la transmission, la sonorité et la vocation musicale.

Une enfance bercée par la musique

Tout commence à Bordeaux, dans une famille profondément mélomane. Sa mère joue du violon, son père chante et nourrit une véritable passion pour l’opéra. Très jeune, Geneviève découvre les concerts et les grandes œuvres dans le magnifique théâtre bordelais.

Le violoncelle entre rapidement dans sa vie grâce à Louis Rosoor, professeur âgé mais déjà convaincu du potentiel de la jeune musicienne. Après quelques années, il conseille à sa mère de l’inscrire au conservatoire. Ce sera le début d’un parcours fulgurant.

Au conservatoire de Bordeaux, elle rencontre Henry Barrau, grand ami d’André Navarra. C’est lui qui l’oriente ensuite vers le maître parisien.

André Navarra : une rencontre décisive

L’entrée dans la classe d’André Navarra marque un tournant majeur. Geneviève raconte avec émotion les stages à Sienne, les auditions et les premiers échanges avec celui qui deviendra une influence centrale dans toute sa carrière.

Elle entre finalement au Conservatoire de Paris à 18 ans et obtient son Premier Prix seulement deux ans plus tard. Un exploit, qu’elle vit pourtant avec frustration à l’époque, car elle rêvait de rester plus longtemps dans la classe de Navarra.

Ce lien avec Navarra ne s’arrêtera jamais vraiment. Même après ses études, elle continue à travailler avec lui pour préparer des concours internationaux et s’imprégner de sa vision du violoncelle.

Une carrière entre enseignement, orchestre et musique de chambre

À seulement 21 ans, Geneviève commence déjà à enseigner au Conservatoire d’Aix-en-Provence. Très vite, elle rejoint également l’Orchestre de Marseille, où elle deviendra violoncelle solo.

Elle parle avec beaucoup de passion du métier d’orchestre, qu’elle considère comme profondément enrichissant :

“L’opéra, c’est passionnant. C’est un grand navire dans lequel on a sa petite place à jouer.”

Pendant toutes ces années, elle multiplie les projets : trio de musique de chambre, ensembles de violoncelles, enregistrements, stages d’été, enseignement intensif… Une activité foisonnante qui révèle un besoin constant de transmettre et de créer.

Londres, l’École Normale et une vie entre plusieurs pays

Après son mariage avec le violoncelliste Raphaël Sommer, Geneviève part vivre à Londres. Pourtant, elle continue pendant plusieurs années les allers-retours entre Londres, Marseille et Paris afin de conserver ses activités pédagogiques.

Elle enseigne notamment à l’École Normale de Musique de Paris tout en poursuivant une carrière artistique intense. Cette période lui permet aussi d’approfondir sa réflexion pédagogique grâce à la confrontation entre différentes écoles de violoncelle.

Navarra et Tortelier : deux visions du violoncelle

L’un des passages les plus fascinants de cet entretien concerne les différences entre les écoles d’André Navarra et de Paul Tortelier.

Selon Geneviève :

  • Navarra mettait l’accent sur la main gauche et la structure technique.
  • Tortelier travaillait énormément l’archet et la liberté du geste.

Elle explique combien cette double influence a enrichi sa propre pédagogie.

Elle évoque aussi les tensions historiques entre les deux maîtres, parfois presque “claniques”, à une époque où les élèves d’un professeur n’allaient pas écouter les cours de l’autre… une réalité difficile à imaginer aujourd’hui.

La pédagogie : transmettre avant tout

Ce qui ressort le plus fortement de cet échange, c’est sans doute la passion de Geneviève pour l’enseignement.

Pour elle, la pédagogie ne s’apprend pas dans des livres :

“La pédagogie m’a été enseignée en écoutant les cours de Navarra.”

Elle insiste également sur l’importance de faire de la musique dès les premières notes, même dans les études techniques. Contrairement à certaines traditions plus rigides, elle défend une approche où l’expression musicale doit toujours rester vivante.

Le son avant tout

S’il fallait résumer sa philosophie du violoncelle en une idée, ce serait probablement celle-ci : tout commence par le son.

Geneviève revient longuement sur le rôle fondamental de l’archet :

  • la qualité du contact,
  • les reprises d’archet,
  • l’ampleur du geste,
  • le souffle,
  • la respiration du son.

Elle compare souvent le violoncelliste à un chanteur :

“Le poumon du violoncelle, c’est l’archet.”

Elle insiste sur le travail lent des gammes, des sons filés et de l’écoute profonde de chaque note. Même après des décennies de carrière, elle considère que tout musicien doit revenir constamment à cette base essentielle.

Des rencontres avec les plus grands

Au fil de sa carrière, Geneviève Teulière a côtoyé des figures majeures du XXe siècle : Pablo Casals, Leonard Rose, Rostropovitch, Zino Francescatti, Henri Dutilleux, Janos Starker, Tortelier, Navarra…

Ces rencontres ne sont jamais racontées avec ostentation, mais toujours avec gratitude et admiration. On sent chez elle une immense humilité malgré un parcours exceptionnel.

Une vocation plus qu’un métier

À plusieurs reprises durant l’entretien, Geneviève revient sur cette idée fondamentale :

“J’ai l’impression de n’avoir jamais travaillé.”

Bien sûr, la discipline, les voyages, les concours et les responsabilités ont été immenses. Mais derrière tout cela, elle parle avant tout d’une vocation.

Aujourd’hui encore, même après avoir quasiment arrêté les concerts, elle continue à enseigner avec passion et dirige toujours son festival de musique de chambre “Cello Arte”.

Et lorsqu’on l’écoute parler du violoncelle, on comprend immédiatement que cette flamme-là ne s’éteint jamais.

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A très vite,

Jeanne

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Jérôme
Jérôme

Quel plaisir de voir cette interview que je m’empresse de partager avec la Famille des violoncellistes du CNRR de Marseille, jusqu’au super soliste actuel de cello de l’Opéra, Xavier.
Odile est ravie aussi. Séverine et moi partageons des émotions sincères à l’écoute de toutes ces aventures humaines, ces noms de musiciens et musiciennes parfois déjà disparu(e)s et que nous avions côtoyer parfois de loin ravivent de beaux souvenirs. Aux enregistrements de Geneviève à Marseille, début des années 2000…nous étions là, tapis dans le public. À quand une masterclass en salle Tomasi ?
Belle écoute à toutes et tous. Merci encore pour cette mise en ligne !
Jérôme L.