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Mille regretz – Josquin Desprez

Mille regretz – Josquin Desprez



Pour cette nouvelle cover, j’ai choisi de revenir plusieurs siècles en arrière avec Mille regretz, l’une des chansons les plus célèbres de la Renaissance, traditionnellement attribuée à Josquin Desprez.

Écrite pour quatre voix, cette œuvre très courte possède une intensité étonnante. Quelques lignes mélodiques, un texte d’une grande simplicité et une polyphonie extrêmement épurée suffisent à exprimer la douleur de la séparation.

Pour cette version, j’ai choisi de remplacer les quatre voix humaines par quatre violoncelles. Chaque instrument devient ainsi une voix à part entière, et les quatre lignes se rejoignent pour retrouver cette polyphonie si caractéristique de la musique de la Renaissance.

Et cette cover a cette fois une résonance toute particulière : elle sort le week-end même de VIBRE, notre grand stage d’orchestre 100 % violoncelles. Mille regretz fait en effet partie des œuvres travaillées par les élèves et sera jouée par tout l’orchestre lors du stage.

Josquin Desprez, une figure majeure de la Renaissance

Josquin Desprez est aujourd’hui considéré comme l’un des compositeurs les plus importants de toute la Renaissance. Vers 1500, il est même la figure la plus éminente de cette école franco-flamande qui domine alors une grande partie de la musique “savante” européenne.

Sa carrière est particulièrement intéressante parce qu’elle témoigne de la circulation extraordinaire des musiciens à la Renaissance. Josquin voyage beaucoup et travaille au service de différentes cours et institutions prestigieuses, notamment en France et en Italie. On retrouve sa trace à Milan, à Rome, à Ferrare, puis finalement à Condé-sur-l’Escaut.

À Rome, il chante notamment dans la chapelle pontificale, tandis qu’à Ferrare il entre au service du duc Hercule Ier d’Este. Comme beaucoup de grands musiciens de son époque, Josquin est donc à la fois compositeur, chanteur et homme de cour.

Cette vie entre plusieurs pays contribue certainement à faire de lui un musicien au langage particulièrement riche.

Qu’est-ce que l’école franco-flamande ?

Josquin appartient à ce que les historiens de la musique appellent l’école franco-flamande. Le terme peut prêter à confusion : il ne désigne pas une école au sens propre, ni même un lieu unique où tous ces compositeurs auraient étudié.

Il désigne plusieurs générations de musiciens, principalement actifs aux XVe et XVIe siècles, originaires d’une vaste région du nord de l’Europe qui correspond aujourd’hui à une partie du nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas.

Cette région devient alors un véritable vivier de musiciens. Beaucoup sont formés très jeunes au chant dans les maîtrises des cathédrales et des grandes églises, où ils acquièrent une connaissance extrêmement poussée de l’écriture à plusieurs voix.

Et leur influence va largement dépasser leur région d’origine.

Ces musiciens voyagent à travers toute l’Europe et sont recrutés par les grandes cours, les chapelles princières et les institutions religieuses. On les retrouve notamment en France, en Italie, en Espagne ou dans les États pontificaux.

Ce qui les caractérise notamment est leur extraordinaire maîtrise de la polyphonie : plusieurs voix mélodiques sont entendues simultanément tout en restant indépendantes. Elles peuvent s’imiter, se répondre, se croiser et finalement se rejoindre dans une même harmonie.

Josquin hérite de cette tradition extrêmement savante, mais il va lui donner une force expressive particulière. Chez lui, la polyphonie n’est pas seulement une démonstration de virtuosité d’écriture : les différentes voix servent aussi le texte et l’émotion qu’il exprime.

« Mille regretz de vous abandonner »

Le texte de la chanson est extrêmement bref. Il évoque la douleur de devoir quitter la personne aimée, l’éloignement et le regret qui accompagne cette séparation.

Mille regretz de vous abandonner

Et d’eslonger vostre face amoureuse,

J’ay si grand dueil et peine douloureuse

Qu’on me verra brief mes jours definer.

En français actuel, on pourrait le traduire ainsi :

Mille regrets de devoir vous abandonner

Et de m’éloigner de votre visage aimé.

J’éprouve un si grand deuil et une peine si douloureuse

Que l’on me verra bientôt finir mes jours.

Les voix avancent ensemble dans un mouvement lent, avec des tensions harmoniques qui apparaissent puis se résolvent progressivement.

Il n’est donc pas nécessaire d’en faire beaucoup pour que l’émotion soit présente. Tout repose sur la ligne, les respirations, les frottements entre les voix et la manière dont les harmonies se transforment.

Une chanson associée à Charles Quint

Mille regretz est également connue pour son association avec Charles Quint. Elle est souvent présentée comme une chanson particulièrement appréciée de l’empereur, au point d’être restée liée à son nom dans l’histoire de la musique.

L’un des témoignages les plus précieux de cette relation apparaît en 1538, lorsque le compositeur espagnol Luis de Narváez publie à Valladolid son recueil Los seys libros del Delphín de música. Il y propose une adaptation de Mille regretz pour la vihuela, instrument à cordes pincées très répandu dans l’Espagne de la Renaissance.

Narváez ne présente pas simplement l’œuvre sous son titre habituel. Il la désigne comme « la canción del Emperador », autrement dit « la chanson de l’Empereur ». C’est cette mention historique qui constitue l’un des principaux témoignages du lien entre Mille regretz et Charles Quint.

De quatre violoncelles à tout un orchestre lors de VIBRE

Et cette année, l’histoire de Mille regretz ne s’arrête pas à cette cover.

Le week-end même de la sortie de cette vidéo, les élèves de VIBRE vont à leur tour interpréter cette œuvre, mais cette fois avec la puissance d’un véritable orchestre de violoncelles.

C’est tout l’esprit de VIBRE, notre stage d’orchestre 100 % violoncelles : se retrouver pour travailler ensemble, apprendre à écouter les autres voix et ressentir ce qui se passe lorsque des dizaines de violoncellistes construisent un même son.

Mille regretz se prête merveilleusement à cette expérience.

À VIBRE, les voix seront multipliées et portées par les élèves, chacun participant à la construction de cette grande polyphonie collective.

Mes conseils

Si vous souhaitez travailler Mille regretz, mon premier conseil serait de ne pas trop vibrer. Nous sommes au début du XVIe siècle, en pleine Renaissance, et il est intéressant de rechercher une sonorité assez pure et sobre, qui laisse toute sa place à la polyphonie. Le vibrato peut apporter de la couleur à certaines notes, mais il ne doit pas devenir systématique.

Il faut également être très attentif au rythme et bien compter. C’est l’une des difficultés de cette musique : à l’écoute, elle peut donner une impression de simplicité, de calme et d’évidence, alors que les différentes voix possèdent chacune leur propre mouvement. Les entrées se décalent, les valeurs de notes se superposent et il est très facile de perdre ses repères lorsque l’on joue sa partie isolément. La musique de la Renaissance peut ainsi être beaucoup plus difficile rythmiquement que son apparente simplicité ne le laisse penser.

Enfin, je vous conseille vivement d’écouter une version vocale de l’œuvre avant de la jouer, et même régulièrement pendant votre travail. Mille regretz a d’abord été pensée pour des voix : écouter les chanteurs permet de mieux comprendre les respirations, la direction des phrases et la manière dont les quatre lignes dialoguent entre elles. Au violoncelle, essayez ensuite de retrouver cette sensation : ne pensez pas seulement comme un instrumentiste, mais cherchez à faire chanter votre partie comme s’il s’agissait d’une véritable voix.

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Jeanne

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