Comment Guillaume Latil réinvente le violoncelle grâce à l’improvisation ?
Comment Guillaume Latil réinvente le violoncelle grâce à l’improvisation ?
Peut-on apprendre le violoncelle sans partition ? Comment devient-on violoncelliste de jazz lorsqu’il n’existe presque aucun modèle ? Et surtout, comment retrouver le plaisir de jouer lorsque la motivation disparaît ?
J’ai eu le grand plaisir d’échanger avec Guillaume Latil, violoncelliste, improvisateur, compositeur et explorateur infatigable des possibilités de notre instrument.
Son parcours est passionnant, parfois chaotique, toujours profondément humain. À travers notre conversation, il partage une vision de la musique où l’écoute, la curiosité et le plaisir de jouer occupent une place bien plus importante que la recherche de la perfection.
Un apprentissage du violoncelle très différent
CREDIT A.Bargin
Guillaume a commencé le violoncelle avec sa mère, professeure de violoncelle à Marseille, selon la méthode Suzuki.
Contrairement à l’enseignement traditionnel, les enfants commencent sans partition. Ils apprennent comme ils apprennent leur langue maternelle : en écoutant, en observant puis en reproduisant.
La musique devient ainsi une langue vivante avant d’être une théorie.
Autre particularité de cette méthode : les parents participent activement à l’apprentissage. Ils créent un véritable environnement musical à la maison, où le violoncelle fait naturellement partie du quotidien.
Cette immersion permanente a profondément marqué Guillaume.
Le danger des facilités
Guillaume raconte avoir longtemps vécu sur ses facilités. Oreille absolue, facilité naturelle, regard admiratif des autres… Pendant des années, il travaille très peu, jusqu’au jour où tout bascule.
À son entrée dans la classe de Xavier Gagnepain, il réalise brutalement qu’il ne possède plus les bases techniques nécessaires pour progresser.
Il obtient un classement très décevant au DEM et pour la première fois, il décide de travailler sérieusement son instrument.
Peut-on vraiment faire du jazz au violoncelle ?
Pendant longtemps, le violoncelle n’avait presque aucune place dans le jazz.
Contrairement au violon ou à la guitare, il n’existait quasiment pas de tradition sur laquelle s’appuyer.
Guillaume a donc dû inventer son propre langage.
Cela passe par :
une immense quantité d’écoute ;
des centaines d’heures passées dans les jam sessions ;
une adaptation permanente de la technique classique ;
beaucoup d’expérimentation.
Il explique d’ailleurs que certains schémas enseignés pour d’autres instruments ne fonctionnent tout simplement pas au violoncelle.
Il a fallu trouver d’autres chemins.
Comment l’improvisation est entrée dans sa vie
Bien avant de découvrir le jazz, Guillaume improvisait déjà.
Lorsqu’il jouait les lignes de basse dans un ensemble de violoncelles, il s’amusait à modifier discrètement certaines notes.
Personne ne s’en apercevait vraiment mais c’était déjà une manière de s’approprier la musique.
Plus tard, adolescent, il découvre Django Reinhardt, Stéphane Grappelli et le jazz manouche.
Une révélation.
Il commence alors à reproduire d’oreille les morceaux qu’il écoute.
Improviser ne signifie pas jouer au hasard
CREDIT J.E Eftekhari_A.Bargin
C’est probablement l’idée reçue la plus répandue.
Pour Guillaume, improviser consiste au contraire à connaître parfaitement son matériau musical, arpèges, gammes, accords, fonctions harmoniques.
Puis, peu à peu, enrichir ce vocabulaire jusqu’à pouvoir parler naturellement avec son instrument.
Comme lorsqu’on apprend une langue étrangère.
On commence avec quelques mots, puis quelques phrases, avant d’être capable d’improviser une conversation entière.
Le travail quotidien : la vraie différence
Aujourd’hui encore, malgré une carrière internationale, Guillaume consacre une grande partie de ses matinées au travail du violoncelle.
Selon lui, le plus difficile n’est pas de travailler longtemps.
Le plus difficile est de reprendre après une interruption.
Que ce soit après une tournée, quelques jours de vacances ou simplement une semaine chargée.
Son conseil est simple :
Ne cherchez pas à retrouver immédiatement votre meilleur niveau.
Retrouvez simplement le plaisir de vous remettre en mouvement.
Le reste revient progressivement.
Un âge d’or pour le violoncelle ?
Guillaume termine notre échange sur une note très optimiste.
Grâce aux nouvelles technologies, à l’amélioration constante des systèmes d’amplification et à l’émergence de nombreux violoncellistes explorant d’autres univers que le classique, il estime que nous vivons peut-être un véritable âge d’or du violoncelle.
Jamais notre instrument n’a occupé une place aussi variée : jazz, musiques traditionnelles, improvisation, chanson, musiques actuelles.
Le violoncelle continue d’inventer de nouvelles façons de s’exprimer.
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