Passer au contenu principal

Violoncelle baroque et photographie : Entretien avec Emmanuel Jacques

Violoncelle baroque et photographie : Entretien avec Emmanuel Jacques



Cette interview commence dans une galerie photo à Paris, la galerie Coin de Ciel, où Emmanuel a exposé ses photographies.

Emmanuel a deux univers qui se répondent : la musique et la photographie. Pas forcément une “double carrière”, mais une double passion, et surtout un échappatoire nécessaire.

Une enfance bercée par la musique… et l’image

Chez Emmanuel, tout commence par une transmission familiale. Un père mélomane, pianiste amateur, amoureux des interprétations, et aussi photographe amateur. À la maison, la musique classique est là, partout, naturellement.

Emmanuel voulait d’abord faire… de la trompette. Sauf que la vie en appartement a rendu cette envie impossible.

Alors ses parents l’emmènent à un concert du conservatoire d’Aubervilliers. Sur scène : un ensemble de violoncelles. À la sortie, il a 5 ans et une certitude : c’est ça que je veux faire.”

Il entre au conservatoire d’Aubervilliers, où il travaille longtemps avec Erwan Forêt, un professeur « extraordinaire ». Puis arrive l’adolescence : pas une crise spectaculaire, mais une période de rejet, de flou, de désalignement. Emmanuel se décrit comme un élève devenu « mauvais », à l’école comme au conservatoire.

Le choc Bach : Anner Bylsma, la liberté… et les cordes en boyau

En vacances, à 15 ans, Emmanuel tombe sur une cassette des Suites de Bach par Anner Bylsma. Et là, tout bascule : le phrasé, la liberté, la matière sonore, une façon de parler au violoncelle qui ne ressemble plus à ce qu’on lui demande en cours.

À la rentrée, il demande à son père de lui acheter des cordes en boyau. Il les monte sur son violoncelle… et joue ses études avec ça.

Évidemment, cela ne plaît pas à tout le monde, mais il s’entête et passe même un concours en jouant Prokofiev… avec quatre cordes en boyau. Résultat : pas le prix espéré. Mais une obsession est née : le violoncelle baroque.

CRR de Paris

Emmanuel découvre le CRR de Paris et la classe de David Simpson… et il décrit cette période comme une révélation.

Ce qu’il y trouve ?

  • des disciplines qu’il adore : traités, ornementation, recherche
  • une ambiance différente : moins de rivalité, plus d’amitié
  • une sensation de cohérence

Et, au passage, une prise de conscience : on peut faire fabriquer un instrument baroque. Pas besoin d’un trésor oublié dans un grenier.

Christophe Coin

Autre choc : entendre Christophe Coin (notamment dans Vivaldi). Emmanuel parle d’une claque : son, liberté, articulation… et surtout cette découverte qui le marque :

“Je me dis : tout ne se passe pas à droite. Il y a aussi à gauche.”

Il tente alors d’entrer au CNSM de Paris, dans la classe de Christophe Coin.

Emmanuel est admis, il se voit déjà étudier avec celui qu’il a écouté en disque… et Christophe Coin lui dit :

“Je vous dirais… je vous avoue, je n’ai pas voté pour vous.”

Emmanuel répond, un peu déstabilisé : “Je suis désolé.”

Et pourtant, c’est là que tout se clarifie : il est enfin dans son élément. Il décrit un soulagement : quitter la compétition, trouver un climat où il peut respirer.

Emmanuel raconte que Coin parle peu. Mais il joue, et quand il joue, il imprime quelque chose dans l’instrument… et dans l’élève.

Il décrit une sensation étonnante : pendant quelques secondes, le violoncelle devient rond, aéré, oxygéné… puis redevient “son” violoncelle, sa sonorité à lui.

Et il résume l’héritage ainsi : un enseignement pérenne et à retardement.

Aujourd’hui encore, quand il bloque, il se demande : “comment lui le jouerait ?”

Les rencontres qui dessinent une vie

Le CNSM, c’est aussi un carrefour. Emmanuel évoque :

  • Béatrice Berstel et les cours autour des traités, de l’ornementation
  • un travail sur Jean-Jacques Rousseau et Le Devin du village
  • Christophe Rousset en musique de chambre : rencontre décisive, collaboration depuis 1997
  • les stages (Royaumont…), les grands noms, et l’importance d’un réseau humain

Il raconte aussi sa rencontre avec Bruno Coxet, l’exigence absolue sur une introduction de violoncelle, puis l’admiration pour la “dentelle” de son jeu, sa clarté rhétorique, son ciselé.

Et surtout : la relation de confiance. Dans un métier où il faut “ne pas montrer de faiblesse”, avoir des personnes avec qui parler, douter, se confier… est vital.

Rhétorique musicale : rendre la musique compréhensible

Quand on arrive à la question de la rhétorique, Emmanuel la formule simplement :

La rhétorique, c’est découper une séquence musicale pour la rendre compréhensible.

Donner une structure, du poids, des longueurs, des densités différentes. Faire que la musique devienne parole.

Il insiste aussi sur les incohérences qu’on entend parfois : accents inversés, phrases sans logique, ce qu’il appelle (avec humour) des “taram” — temps faibles accentués de manière maladroite, comme une onomatopée.

Et pour lui, le professeur rigoureux est essentiel : c’est celui qui t’empêche de te perdre, qui te rappelle que sans structure… il n’y a plus de discours.

À propos de Bach, Emmanuel navigue entre la tradition, difficile à oublier, la recherche et la liberté possible.

Il le dit clairement : il n’a pas de certitudes historiques. Il cherche une cohérence.

Emmanuel compare l’interprétation à la cuisine : deux recettes identiques peuvent donner un goût différent selon la main. Il appelle ça l’umami : la saveur singulière qui vient de la personne.

Il va même plus loin : il dit qu’on peut reconnaître l’ADN d’un instrument (un Goffriller, un Testore), mais aussi l’ADN d’un luthier moderne, et évidemment l’ADN d’un interprète. Les grands, dit-il, prennent n’importe quel violoncelle… et ça sonne comme eux.

Cette rencontre, raconte en réalité une seule histoire : celle d’un artiste qui continue à chercher sa voix , dans le boyau et la rhétorique, dans les images silencieuses et la lumière.

Et au fond, Emmanuel vise un graal très simple : qu’on puisse reconnaître qui joue, juste au son. Comme on reconnaît une photo à sa lumière.

N’oubliez pas de vous abonner à ma chaîne pour ne manquer aucune vidéo, découvrir mes articles, mes covers et télécharger gratuitement des partitions.

A très vite,

Jeanne

Téléchargez gratuitement votre guide du violoncelliste débutant

E-Book

Toutes les informations dont vous avez besoin pour bien commencer le violoncelle : Matériel, bases théoriques, posture, conseils pratiques

En vous inscrivant pour recevoir votre guide, vous recevrez également des articles, vidéos, des informations sur mes livres et formations, des offres commerciales et d’autres conseils pour vous aider à vous améliorer au violoncelle. Votre email ne sera jamais revendu. Vous pouvez vous désabonner à tout instant. (Voir mentions légales)

S’abonner
Notification pour
guest

0 commentaires ! Laissez le vôtre !
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires